Marina Sova, psychologue interculturelle : silences et non-dits dans les couples franco-slaves
16 mai 2026 · 14 min de lecture
Dans un couple franco-slave, les silences peuvent être aussi éloquents que les mots — et infiniment plus déroutants. Marina Sova, psychologue clinicienne à Lyon spécialisée dans les relations interculturelles franco-slaves depuis douze ans, reçoit chaque semaine des couples confrontés à l'énigme du non-dit slave. Elle a accepté de répondre aux questions de Sophie Renard, rédactrice d'Écoutez-Voir, pour décrypter ces dynamiques de communication qui font la richesse et la complexité de ces unions.
Psychologue clinicienne — Couples franco-slaves — Lyon
Marina Sova accompagne depuis 12 ans des couples franco-slaves en cabinet et en visio. Spécialisée dans les dynamiques de communication interculturelle, elle intervient auprès de couples qui cherchent à mieux comprendre leurs différences pour construire une relation durable.
Nous avons rencontré Marina Sova un mardi matin dans son cabinet lyonnais, niché dans un appartement haussmannien du 6e arrondissement. Sur son bureau, un dictionnaire russe-français côtoie des ouvrages de Bateson sur la communication et de Hall sur les cultures à contexte élevé. La psychologue parle avec une précision presque chirurgicale, pesant chaque mot — une qualité que l'on retrouve, dit-elle en souriant, dans la culture dont elle est elle-même issue.
Car Marina Sova est elle-même le produit d'un entre-deux culturel : née d'un père ukrainien et d'une mère française, elle a grandi entre Kiev et Lyon avant de se former à la psychologie clinique. Cette double appartenance lui a donné une intuition rare pour décrypter ce qui se passe — ou ne se passe pas — dans l'espace de communication d'un couple franco-slave. Pour mieux saisir le contexte global, il est utile de connaître les codes culturels slaves qui façonnent toute communication entre les deux cultures.
Le silence n'a pas le même sens en France et dans les pays slaves
Sophie :Dans votre pratique, quelle est la plainte numéro un que vous entendez de la part de partenaires français en couple avec quelqu'un d'origine slave ? Est-ce que c'est précisément ce rapport au silence qui revient le plus souvent ?
Marina :Oui, c'est la plainte la plus universelle, et elle prend toujours la même forme : « Il — ou elle — ne me dit pas ce qui ne va pas. Je ne sais jamais ce qu'il ressent vraiment. » Le partenaire français se retrouve face à un mur, il ne comprend pas ce silence, et il l'interprète à travers sa propre grille culturelle : le silence, pour lui, signifie la punition, la bouderie, ou un problème qu'on refuse de résoudre.
Sauf que dans la culture slave — qu'il s'agisse de la Russie, de l'Ukraine, de la Biélorussie ou de la Pologne — le silence a une valeur radicalement différente. Il n'est pas un acte agressif. C'est un espace de traitement interne. Quand un Slave se tait, il digère, il réfléchit, il intègre. Forcer la parole à ce moment-là est vécu comme une intrusion — parfois comme une violence symbolique.
Il y a une phrase russe que j'aime citer à mes patients : « Слово — серебро, молчание — золото » — « La parole est d'argent, le silence est d'or. » Ce proverbe n'est pas qu'un aphorisme : c'est une façon d'être au monde que les cultures slaves ont cultivée depuis des siècles.
Dispute et communication : pourquoi les couples franco-slaves semblent-ils se disputer davantage ?
Sophie :On entend souvent dire que les couples franco-slaves vivent des conflits plus intenses, plus dramatiques que les couples franco-français. Est-ce une réalité que vous observez en cabinet ? Et si oui, d'où vient-elle ?
Marina :C'est une réalité, oui — mais elle est mal comprise. Les couples franco-slaves ne « se disputent » pas plus dans le fond. Ils ont des incompréhensions plus visibles, parce que leurs styles de communication sont asymétriques. Le partenaire français a tendance à vouloir verbaliser immédiatement, à traiter le conflit en temps réel, avec des mots. Le partenaire slave préfère laisser décanter, puis revenir à un moment où les émotions sont moins brûlantes.
Quand le Français insiste pour « parler maintenant » et que le Slave se tait ou quitte la pièce, le Français interprète ce retrait comme du mépris ou de la lâcheté. Le Slave, lui, vit la pression française à verbaliser comme une agression supplémentaire. Résultat : les deux partenaires se retrouvent dans une escalade où l'incompréhension du mode de communication de l'autre devient plus douloureuse que le conflit originel.
Ce que j'essaie de faire en thérapie, c'est de nommer cet écart de style pour qu'il cesse d'être perçu comme un défaut de caractère. Le silence du Slave n'est pas de la mauvaise volonté. La pression du Français à parler n'est pas de l'acharnement. Ce sont deux intelligences émotionnelles différentes qui s'affrontent sans mode d'emploi commun.
Comment une femme slave exprime-t-elle son insatisfaction sans le dire explicitement ?
Sophie :Vous évoquez souvent dans vos conférences le concept de « communication à contexte élevé » pour décrire la culture slave. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie pour un Français qui tente de comprendre sa partenaire slave ?
Marina :Edward Hall, l'anthropologue américain, a établi une distinction fondamentale entre les cultures à contexte élevé et les cultures à contexte faible. En culture à contexte faible — comme la culture française et encore plus allemande — le message est dans les mots. On dit ce qu'on pense, clairement, directement. L'ambiguïté est perçue comme un défaut de communication.
Dans les cultures à contexte élevé — comme les cultures slaves, mais aussi japonaise ou arabe — une grande partie du message passe par des canaux non verbaux : le ton de la voix, la posture, le regard, le timing de la réponse, l'atmosphère générale. Quelqu'un qui maîtrise ces codes n'a pas besoin que les choses soient dites pour les comprendre. Ce savoir est transmis de génération en génération, presque à l'insu des locuteurs.
Pour un homme français en couple avec une femme slave, cela se traduit concrètement ainsi : si elle range la cuisine avec des gestes un peu trop secs, si elle répond « comme tu veux » avec une intonation particulière, si elle s'est levée ce matin sans vous regarder — elle vous dit quelque chose. Elle attend que vous le perceviez. Et si vous ne le percevez pas, elle en conclut que vous ne l'écoutez pas vraiment, que vous ne lui prêtez pas attention. C'est là que s'installe la rancœur silencieuse.
Je travaille avec de nombreux couples sur les malentendus les plus courants dans les couples franco-ukrainiens — et ce décalage entre communication explicite et implicite est systématiquement au cœur de la problématique.
Le regard et les sous-entendus dans la communication slave
Sophie :Vous venez de mentionner le regard. C'est quelque chose d'important dans la culture slave ? Les yeux « parlent » autrement qu'en France ?
Marina :Énormément. Les cultures slaves accordent une valeur considérable au contact visuel comme vecteur de vérité. Regarder quelqu'un dans les yeux signifie qu'on lui dit la vérité, qu'on le respecte. En Russie et en Ukraine particulièrement, les gens se regardent dans les yeux de façon très directe lors d'une conversation — plus longtemps et plus intensément que ce à quoi les Français sont habitués.
Un Français peut vivre ce regard comme intimidant, voire agressif. À l'inverse, si un Français détourne souvent le regard pendant une conversation — ce qui est parfois une habitude culturelle liée à la réflexion — un partenaire slave peut l'interpréter comme de la dissimulation ou du désintérêt.
Il y a aussi tout le langage du regard en situation de tension. Quand une femme slave « regarde à travers » son partenaire — les yeux dans le vide, l'air absent — c'est rarement de l'indifférence. C'est souvent une retenue active : elle fait l'effort de ne pas laisser sortir ce qu'elle ressent. C'est parfois le signe d'une blessure qu'elle n'est pas encore prête à nommer.
Apprendre à lire ces signaux non verbaux, c'est apprendre une langue. Ça demande du temps, de l'attention et de la curiosité sincère. Mais c'est l'un des investissements les plus rentables qu'un partenaire français puisse faire dans sa relation.
Comment un Français peut-il apprendre à lire les signaux non verbaux slaves ?
Sophie :Est-ce qu'il existe des exercices pratiques, des outils concrets que vous donnez à vos patients français pour développer cette sensibilité aux signaux non verbaux de leur partenaire ?
Marina :Oui, et le premier d'entre eux est aussi le plus simple : ralentir. La plupart des Français que je reçois fonctionnent dans une économie de l'attention accélérée. Ils regardent leur téléphone pendant les repas, ils planifient mentalement la prochaine tâche pendant qu'ils écoutent. La communication à contexte élevé est impossible dans ce régime attentionnel.
Le deuxième outil, c'est ce que j'appelle « l'inventaire atmosphérique ». Je demande à mes patients français de noter, le soir, trois observations non verbales sur leur partenaire dans la journée : comment il ou elle a dit bonjour le matin, quelle était l'énergie du repas, à quel moment il ou elle a semblé se fermer. Non pour analyser, mais pour développer une sensibilité aux variations.
Le troisième outil, c'est la question ouverte différée. Plutôt que de demander « qu'est-ce qui ne va pas ? » au moment où le partenaire slave se tait — question qui met sous pression et ferme encore plus —, j'encourage à poser la question quelques heures plus tard, dans un contexte détendu : « J'ai senti que tu avais quelque chose sur le cœur tout à l'heure. Je suis là si tu veux en parler. » Cette formulation laisse le choix, respecte le rythme et crée de la sécurité. La différence entre les deux approches est souvent spectaculaire. Pour approfondir cet aspect, le guide sur exprimer ses sentiments quand on vient de deux cultures différentes offre des pistes très concrètes.
La jalousie slave : un mode d'expression de l'amour plutôt qu'une pathologie ?
Sophie :Un autre thème qui revient souvent dans les couples franco-slaves, c'est la jalousie. Les partenaires français décrivent parfois une jalousie slave qu'ils trouvent étouffante. Et en même temps, certains Français avouent trouver cette jalousie flatteuse au début de la relation. Comment vous situez-vous sur ce sujet ?
Marina :La jalousie dans les cultures slaves a une double nature, et il est crucial de bien la lire. Dans la grammaire émotionnelle slave, une certaine jalousie est perçue comme une preuve d'amour. Un homme qui n'est pas jaloux du tout est un homme qui n'est pas vraiment amoureux — c'est l'idée reçue qui circule, notamment dans les générations plus âgées. Du côté féminin, montrer une légère jalousie est aussi une façon de signifier qu'on tient à la relation.
Cette jalousie culturelle est très différente de la jalousie pathologique. Elle se manifeste généralement par des taquineries, des questions sur les amis du partenaire, un intérêt marqué pour son emploi du temps — plutôt que par du contrôle ou de l'isolement. La frontière est cependant ténue, et il m'arrive de recevoir des couples où ce code culturel a glissé vers quelque chose de toxique.
Ce que j'explique aux partenaires français, c'est que la jalousie slave n'est pas un signal de manque de confiance en eux. C'est souvent la traduction d'un besoin de réassurance que la culture slave n'a pas appris à verbaliser autrement. Quand on comprend cela, on peut y répondre différemment — pas en acceptant un comportement contrôlant, mais en reconnaissant le besoin sous-jacent et en y répondant directement. Ce sujet est développé en détail dans notre article sur jalousie et communication : les codes slaves décryptés.
Comment construire un langage commun malgré les différences culturelles ?
Sophie :Après toutes ces zones de friction que vous décrivez, on pourrait se demander comment ces couples tiennent. Quelle est la clé de voûte des couples franco-slaves qui s'en sortent bien ?
Marina :Je vais vous surprendre peut-être, mais la clé n'est pas la communication, au sens où on l'entend habituellement. Ce n'est pas « parlez-vous plus, soyez transparents, dites tout. » Les couples franco-slaves qui fonctionnent bien ont développé quelque chose de plus subtil : un métalangage commun, c'est-à-dire un accord implicite sur la façon dont ils vont communiquer ensemble.
Concrètement, ils ont établi — souvent sans le formaliser — des règles du jeu qui tiennent compte des deux cultures. Par exemple : « Quand l'un de nous se tait, l'autre lui donne deux heures avant de relancer. » Ou : « On ne prend pas de grande décision dans les 24 heures après une dispute. » Ce sont des protocoles artisanaux, fabriqués dans le quotidien partagé, qui permettent à chaque partenaire de rester dans sa zone de confort communicatif sans bloquer l'échange.
L'autre élément fondamental, c'est la curiosité sincère. Les couples qui durent sont ceux où chaque partenaire est réellement fasciné par la culture de l'autre — pas juste tolérant, mais fasciné. Quand le Français se passionne pour la littérature russe, quand la femme slave s'intéresse vraiment à l'humour français, quand les deux cherchent à comprendre les origines des comportements de l'autre plutôt que de les juger, la différence culturelle devient une richesse plutôt qu'un obstacle.
Ce qui fait vraiment la différence en thérapie interculturelle
Sophie :Douze ans de pratique avec des couples franco-slaves, c'est une longue expérience. Est-ce que vous constatez des évolutions ? Les couples d'aujourd'hui vivent-ils ces enjeux différemment des couples que vous receviez il y a dix ans ?
Marina :Oui, profondément. Il y a dix ans, la plupart des couples que je recevais arrivaient en cabinet en situation de crise avancée — après deux ou trois ans de friction sans nom, parfois à la veille d'une séparation. Aujourd'hui, je vois de plus en plus de couples qui viennent en mode préventif, dans la première année de vie commune, parfois même avant d'emménager ensemble. C'est un changement de paradigme encourageant.
L'autre évolution, c'est la génération. Les femmes et les hommes slaves nés dans les années 1990 et 2000 ont souvent une relation plus consciente à leur propre culture. Ils ont voyagé, vécu à l'étranger, ont des amis de plusieurs nationalités. Ils arrivent en thérapie avec une meilleure cartographie d'eux-mêmes — ils savent déjà que tel comportement vient de leur éducation, tel autre de leur culture. Cela accélère considérablement le travail.
Ce qui n'a pas changé, c'est le facteur décisif : l'engagement des deux partenaires. Je n'ai jamais vu de couple progresser significativement quand un seul des deux faisait le chemin. La thérapie interculturelle demande une curiosité et une humilité partagées. Quand elles sont là, les progrès peuvent être spectaculaires — et rapides. Pour les couples qui cherchent un premier pas, un accompagnement CQMI pour les couples franco-slaves en difficulté de communication peut être une première étape très utile avant une thérapie formelle.
Idées reçues sur la communication slave — Marina répond vrai ou faux
Nous avons soumis à Marina Sova six affirmations courantes sur la communication dans les couples franco-slaves. Voici ses réponses.
« Les Slaves ne s'excusent jamais. »
Faux, mais avec une nuance importante. Les cultures slaves s'excusent volontiers pour des manquements pratiques (arriver en retard, casser quelque chose). En revanche, les excuses pour une blessure émotionnelle causée dans une dispute sont plus rares et plus difficiles — pas par orgueil, mais parce que la culture valorise davantage les actes réparateurs que les mots. Un homme slave qui ne dit pas « pardon » mais qui arrive le lendemain avec des fleurs et une attention particulière est en train de s'excuser dans sa langue à lui.
« Dans un couple slave, c'est la femme qui décide vraiment. »
Partiellement vrai. Il y a une dynamique intéressante dans beaucoup de foyers slaves où l'homme est le chef affiché et la femme est l'architecte réelle. La femme slave gère souvent le budget, les relations sociales, le calendrier familial — mais elle le fait de façon à ce que son partenaire ait l'impression de prendre les décisions importantes. Ce n'est pas de la manipulation : c'est un équilibre subtil qui fonctionne bien quand les deux partenaires en connaissent les règles implicites. Cela peut devenir problématique dans un couple franco-slave où le Français attend une égalité formelle et explicite.
« Un Slave en colère, ça se voit tout de suite. »
Vrai pour la colère ouverte — faux pour la colère froide. Les cultures slaves expriment effectivement certaines émotions avec plus d'intensité que la culture française. Mais la colère la plus dangereuse dans un couple franco-slave est la colère silencieuse — celle qui se cristallise sur une longue période sans jamais s'exprimer, jusqu'au point de non-retour. C'est celle-là que j'appelle « la neige fondue » : on ne voit rien accumuler en hiver, et c'est au printemps que tout déborde d'un coup.
« Les Slaves sont incapables de parler de leurs émotions. »
Faux. Les Slaves peuvent parler de leurs émotions avec une profondeur et une richesse remarquables — mais pas en réponse à une injonction directe comme « dis-moi ce que tu ressens ». Ils ont besoin du bon contexte : souvent une promenade, un repas partagé, un moment de complicité physique avant la parole. La littérature russe et ukrainienne est l'une des plus introspectives du monde — ce n'est pas un peuple qui manque de vie intérieure. C'est un peuple qui a appris que la vie intérieure ne se dévoile pas sur commande.
« Dans les conflits, mieux vaut laisser le Slave gagner pour avoir la paix. »
Faux et contre-productif. Cette stratégie de capitulation produit exactement l'inverse de ce qu'elle vise. Un partenaire slave qui « gagne » trop facilement perd le respect pour son partenaire et le sentiment d'être dans une relation d'égaux. La confrontation respectueuse — celle qui dit « je ne suis pas d'accord, et voilà pourquoi » avec calme et fermeté — est bien plus efficace que la reddition systématique.
« Apprendre quelques mots de russe ou d'ukrainien change tout dans la relation. »
Vrai. C'est l'un des gestes les plus puissants qu'un partenaire français puisse faire. Pas pour la maîtrise linguistique — quelques phrases suffisent — mais pour ce que cela signifie symboliquement : je suis prêt à entrer dans ton monde, dans ta langue, même maladroitement. J'ai vu des dynamiques de couple se transformer en quelques séances simplement parce qu'un Français avait commencé à apprendre le russe ou l'ukrainien. Le partenaire slave y voit une preuve d'engagement que dix déclarations d'amour n'auraient pas produite.
Trois choses à retenir — les mots de Marina Sova
En fin d'entretien, nous avons demandé à Marina Sova de résumer en trois points essentiels ce qu'elle souhaiterait que tous les partenaires français en couple avec quelqu'un d'origine slave retiennent de notre conversation.
Premièrement : « Le silence de votre partenaire slave n'est pas dirigé contre vous. C'est un espace de traitement interne que la culture slave considère comme sain et nécessaire. Apprenez à le respecter — notre guide sur l'écoute active dans les relations offre des outils concrets pour transformer ces silences en espaces de connexion plutôt qu'en sources d'anxiété. »
Deuxièmement : « Investissez dans la connaissance de la culture de votre partenaire — pas pour vous y fondre, mais pour en connaître la grammaire. Lisez un roman ukrainien ou russe. Regardez un film slave en version originale. Intéressez-vous à l'histoire de la famille de votre partenaire. Ces connaissances vous donneront des clés pour décoder des comportements qui, sans ce contexte, semblent irrationnels ou blessants. »
Troisièmement : « Construisez ensemble un "protocole de crise" avant qu'une crise n'arrive. Décidez à froid : comment allons-nous fonctionner quand l'un de nous est en retrait ? Quel signal convenu signifie "j'ai besoin d'espace" ? Quel signal signifie "c'est grave, je t'en prie, reste"? Ces accords implicites, négociés dans un moment de calme et de complicité, sauvent des couples entiers quand la tempête arrive. »
Ce protocole est d'autant plus important que, sans communication préventive, les non-dits répétés peuvent avoir des répercussions durables sur la santé mentale. Le site combattreladepression.com documente bien ce lien entre communication dysfonctionnelle et risques dépressifs au sein du couple.
Questions fréquentes
Les silences slaves sont-ils toujours un mauvais signe dans une relation ?
Pas du tout. Dans la culture slave, le silence peut exprimer la réflexion profonde, la confiance ou même une forme d'intimité. Un partenaire slave qui se tait après une journée difficile n'est pas nécessairement fâché — il a peut-être simplement besoin de traiter ses émotions intérieurement avant de les verbaliser. Apprendre à distinguer le silence de digestion du silence de retrait est une compétence clé dans un couple franco-slave.
Comment réagir quand son partenaire slave se mure dans le silence après une dispute ?
La pire erreur est d'insister pour une résolution immédiate. Les personnes d'origine slave ont souvent besoin d'un temps de latence avant de pouvoir parler sereinement d'un conflit. Donnez de l'espace, signalez votre disponibilité sans pression (un message court du type 'je suis là quand tu veux') et évitez de multiplier les relances. En général, la reprise du dialogue viendra d'elle-même, plus apaisée et plus constructive qu'une confrontation forcée à chaud.
Les non-dits sont-ils plus fréquents chez les femmes ou les hommes slaves ?
Les deux sexes pratiquent les non-dits, mais de façon différente. Les femmes slaves ont souvent appris à exprimer leur insatisfaction de manière indirecte — par des signaux non verbaux, des changements d'attitude ou des formulations allusive. Les hommes slaves pratiquent davantage le silence de retrait face à un conflit qu'ils jugent irresolvable. Dans les deux cas, la clé est de créer un espace de sécurité émotionnelle où la parole directe devient possible sans risque de jugement.
Marina recommande-t-elle la thérapie de couple pour les couples franco-slaves ?
Oui, mais pas uniquement en situation de crise. Marina Sova conseille d'abord des consultations préventives, idéalement dans la première année de vie commune, pour cartographier les zones de friction potentielles avant qu'elles ne deviennent des problèmes. Un accompagnement interculturel ciblé — différent d'une thérapie classique — permet d'outiller les deux partenaires avec des grilles de lecture culturelles qu'ils n'auraient pas développées seuls.
Combien de séances faut-il en général pour progresser dans la communication interculturelle ?
Marina observe généralement des avancées significatives dès les 4 à 6 premières séances lorsque les deux partenaires sont engagés dans la démarche. Ces séances permettent d'identifier les schémas de communication propres à chaque culture, de développer un vocabulaire émotionnel partagé et de mettre en place des rituels de communication adaptés. Un travail plus profond, notamment sur les blessures d'attachement liées aux différences culturelles, peut s'étendre sur 6 à 12 mois.
Y a-t-il des différences entre les silences russes et les silences ukrainiens ?
Oui, des nuances existent, même si elles sont subtiles. Le silence russe est souvent plus solennel, chargé d'une forme de dignité stoïque héritée d'une culture où l'endurance est une valeur centrale. Le silence ukrainien, dans le contexte actuel, est parfois davantage marqué par la méfiance vis-à-vis de la vulnérabilité — une protection née d'une histoire collective difficile. Cela dit, les similitudes restent plus grandes que les différences, et les dynamiques familiales et personnelles comptent toujours plus que la nationalité.